News Hongrie

(Source : Ambassade de Hongrie à Paris)

 

Compte rendu du déplacement du groupe interparlementaire d’amitié France–Hongrie à Budapest et à Szeged

La stratégie du référendum hongrois, plus tactique que populiste

 

CATHERINE CHATIGNOUX Le 30/09

 

Et si, en dépit de la brutalité de la méthode, le référendum organisé par le Premier ministre hongrois sur les réfugiés témoignait non pas d'un désir de rupture vis-à-vis de l'Union européenne, mais au contraire une volonté de s'y intégrer davantage ? D'abord, on constate un souci évident de distinguer les procédures et de respecter les formes. Le référendum de dimanche ne porte pas sur la décision du 22 septembre prise par les 28 ministres de l'Intérieur à la majorité qualifiée de répartir par quotas les réfugiés affluant sur les côtes méditerranéennes.

Les Hongrois, qui plaident depuis le début pour une participation volontaire - non obligatoire donc - à ce schéma de répartition estiment que la Commission européenne les a floués et placés devant le fait accompli en imposant des quotas obligatoires. Contre cette décision, ils ont déposé un recours devant la Cour de justice de l'Union. Ils considèrent, comme l'a résumé Viktor Orban, que «  seuls les Hongrois peuvent décider avec qui ils veulent vivre en Hongrie » et que cela justifie un vote européen à l'unanimité ou l'accord du Parlement national. Les officiels assurent en outre que si la justice devait les débouter, ils s'inclineraient. D'ici là, un référendum n'aurait été d'aucune utilité sauf à agiter gratuitement un sentiment antieuropéen.

Le scrutin de dimanche porte sur «  l'avenir » et concerne les propositions qui sont aujourd'hui dans les cartons de la Commission européenne. Celle-ci n'a pas caché son intention d'établir un système permanent de répartition des réfugiés qui serait déclenché à chaque vague migratoire importante. Or politiquement, le Premier ministre hongrois est très seul pour faire entendre son point de vue. Il a réclamé en vain un changement de traité pour obtenir une dérogation ou revenir sur les règles de la majorité pour les sujets d'immigration. Il lui reste donc, c'est le deuxième constat, le poids de l'onction populaire pour influencer ses partenaires et dissuader la Commission de poursuivre sur la voie des quotas obligatoires de réfugiés.

A l'heure où les populismes prospèrent en Europe, les dirigeants de l'Union ne peuvent se permettre de mépriser l'expression de tout un peuple qui demande à maîtriser son destin. Le fait est que la stratégie de Viktor Orban a été payante. Quelques jours avant le sommet de Bratislava, à la mi-septembre, le message a été envoyé au bouillant leader du Fidesz qu'une certaine flexibilité serait acceptée dans la mise en oeuvre de la solidarité européenne. L'idée du trio Merkel-Hollande-Juncker était précisément de déminer le sujet avant le référendum de dimanche et montrer que l'Europe saurait montrer une certaine souplesse. On est là dans le jeu d'influence traditionnel au sein de l'Union.

Les dirigeants hongrois, souvent accusés d'euroscepticisme, se défendent enfin d'avoir organisé un scrutin contre l'Europe. «  Tous les sondages montrent que les Hongrois sont très attachés à l'Europe. Il n'y a ni volonté politique ni majorité populaire pour quitter l'Union européenne », assure l'ambassadeur de Hongrie à Paris, George Karolyi. C'est donc de l'intérieur, avec les moyens du bord, que les dirigeants hongrois comptent réorienter la politique européenne.

 

@chatignoux 

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